ernesto riveiro

Myriam Odile Blin, 1997
____________________________

Quasi-objets quasi-humains par Myriam Odile Blin, 1997.

carlitos alberto_cuprita geniol
De même que les totems expriment l’invisible, les esprits, les objets de la tribu d’Ernesto Riveiro sont la partie émergée d’un monde sous-terrain ou extra-terrestre. Notre humanité serait alors l’écran qui nous contraint à l’objectivité des choses, et à la rationalité, contre l’intuition d’autres choses. L’extra-ordinarité du banal, la vie silencieuse sous la nature morte, la parcelle d’inconnu au sein de la répétition, contribuent à cette cohorte de pantins et de fantoches. Poussières, fantasmes, rêves, jouets, animaux des règnes inférieurs, sorcières, nuages, fossiles, souvenirs, squelettes, livres anciens, cheveux ne sont pas des collections insensées. Sur les marges de l’espace de la fonctionnalité, dans les terrains laissés en friche par l’entreprise rationnelle, l’objet usé devient obscène. La mise à l’écart du rêve technocrate donne à la rencontre incongrue des matériaux mis au rebut et des mécaniques obsolètes le charme du pays merveilleux d’Alice ou de la famille de E.T. Le gris poussiéreux qui recouvre la collection hétéroclite lui donne une nouvelle cohérence. C’est autre chose que des collages dada ou des masques africains. C’est une vie à côté de la vie, procession obsédante dont l’intelligence nous manque. L’apprivoisement par leur fausse familiarité nous renvoie à nos propres angoisses. La nature ne peut pas être sans intention, les objets rassemblés dans la cuisine sans communauté autre que leur commune utilité, leur instrumentalité immédiate; Leur apparente inexpressivité dit autre chose que ce qu’ils sont: « objets inanimés, avez-vous donc une âme? » . De même qu’on résiste à l’idée de la totale incommensurabilité du destin des différentes espèces existantes, on résiste à la raison qui voudrait que le mouvement de l’esprit ignore ces fantassins entassés, ces carcasses de bois. Car ces créatures venues du terrain vague s’exhaussent à la magie du caché. Familières entre elles par la couleur des matériaux, les formes ou le regard, deux ronds blancs, boutons ou cercles de peinture, de dimensions similaires, elles deviennent esprits du foyer, bienfaiteurs, emblèmes d’une force consolatrice, une espèce bizarre aux contours zoomorphes, voire anthropomorphes, dont l’origine nous échappe. Ces animaux improbables manifestent la rencontre d’êtres singuliers et apparentés dont les regards posés et arrêtés suggèrent qu’avant, après ou ailleurs, ils ont été animés, quasi-objets, quasi-humains.

les objets:
" carlitos " . 1997 . bois. h: 45cm. l: 40cm. l: 30cm.
" alberto cuprita " . 1997 . cuivre. h: 53cm.
" geniol " . 1997 . bois, cuivre, fer. h: 37cm.


ernesto riveiro
1997, Myriam Odile Blin


Myriam Odile Blin, 1997
____________________________

Quasi-objets quasi-humains par Myriam Odile Blin, 1997.

carlitos alberto_cuprita geniol
De même que les totems expriment l’invisible, les esprits, les objets de la tribu d’Ernesto Riveiro sont la partie émergée d’un monde sous-terrain ou extra-terrestre. Notre humanité serait alors l’écran qui nous contraint à l’objectivité des choses, et à la rationalité, contre l’intuition d’autres choses. L’extra-ordinarité du banal, la vie silencieuse sous la nature morte, la parcelle d’inconnu au sein de la répétition, contribuent à cette cohorte de pantins et de fantoches. Poussières, fantasmes, rêves, jouets, animaux des règnes inférieurs, sorcières, nuages, fossiles, souvenirs, squelettes, livres anciens, cheveux ne sont pas des collections insensées. Sur les marges de l’espace de la fonctionnalité, dans les terrains laissés en friche par l’entreprise rationnelle, l’objet usé devient obscène. La mise à l’écart du rêve technocrate donne à la rencontre incongrue des matériaux mis au rebut et des mécaniques obsolètes le charme du pays merveilleux d’Alice ou de la famille de E.T. Le gris poussiéreux qui recouvre la collection hétéroclite lui donne une nouvelle cohérence. C’est autre chose que des collages dada ou des masques africains. C’est une vie à côté de la vie, procession obsédante dont l’intelligence nous manque. L’apprivoisement par leur fausse familiarité nous renvoie à nos propres angoisses. La nature ne peut pas être sans intention, les objets rassemblés dans la cuisine sans communauté autre que leur commune utilité, leur instrumentalité immédiate; Leur apparente inexpressivité dit autre chose que ce qu’ils sont: « objets inanimés, avez-vous donc une âme? » . De même qu’on résiste à l’idée de la totale incommensurabilité du destin des différentes espèces existantes, on résiste à la raison qui voudrait que le mouvement de l’esprit ignore ces fantassins entassés, ces carcasses de bois. Car ces créatures venues du terrain vague s’exhaussent à la magie du caché. Familières entre elles par la couleur des matériaux, les formes ou le regard, deux ronds blancs, boutons ou cercles de peinture, de dimensions similaires, elles deviennent esprits du foyer, bienfaiteurs, emblèmes d’une force consolatrice, une espèce bizarre aux contours zoomorphes, voire anthropomorphes, dont l’origine nous échappe. Ces animaux improbables manifestent la rencontre d’êtres singuliers et apparentés dont les regards posés et arrêtés suggèrent qu’avant, après ou ailleurs, ils ont été animés, quasi-objets, quasi-humains.

les objets:
" carlitos " . 1997 . bois. h: 45cm. l: 40cm. l: 30cm.
" alberto cuprita " . 1997 . cuivre. h: 53cm.
" geniol " . 1997 . bois, cuivre, fer. h: 37cm.